Le paysage fiscal français connaît un bouleversement majeur. Votée à l’Assemblée nationale le 31 octobre 2025, la transformation de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) en un « impôt sur la fortune improductive » (IFIP) redessine les contours de la taxation du patrimoine pour 2026. Cette réforme, bien que son adoption définitive reste soumise au parcours législatif, élargit considérablement l’assiette de l’impôt au-delà de la seule pierre. Désormais, certains placements financiers jugés peu productifs pour l’économie réelle, comme les fonds en euros des assurances-vie ou les cryptomonnaies, entrent dans le champ de la taxation. L’objectif affiché par le législateur est d’inciter les détenteurs de capitaux à orienter leur épargne vers des investissements plus dynamiques, soutenant directement les entreprises et la croissance. Cependant, cette mesure soulève de vives interrogations, notamment sur son impact potentiel sur le financement de la dette de l’État et sur la stratégie patrimoniale de millions de Français attachés à la sécurité de leurs placements.
- L’impôt sur la fortune immobilière (IFI) est remplacé par l’impôt sur la fortune improductive (IFIP) à partir de 2026.
- L’assiette taxable est élargie pour inclure des actifs financiers jugés « improductifs » comme les fonds en euros d’assurance-vie et les cryptomonnaies.
- Le seuil de déclenchement de cet impôt serait fixé pour les patrimoines « improductifs » supérieurs à 2 millions d’euros.
- La réforme vise à encourager les investissements dans l’économie réelle (actions d’entreprises, etc.).
- Des experts alertent sur un risque d’augmentation du coût de la dette de l’État, les fonds en euros y étant massivement investis.
- Un abattement d’un million d’euros sur un bien au choix, souvent la résidence principale, serait maintenu.
Qu’est-ce que l’impôt sur la fortune improductive (IFIP) ?
La transition de l’IFI vers l’IFIP marque un changement de philosophie fiscale. Il ne s’agit plus seulement de taxer la détention de biens immobiliers, mais d’appliquer une imposition sur un patrimoine plus large, considéré comme dormant ou ne participant pas activement à l’économie. Comme le souligne Andrea Ganovelli, co-fondateur de Green Got, l’IFIP est « quelque chose qui est assez proche de l’impôt sur la fortune immobilière qui est déjà en place et qui, en fait, va simplement élargir la fourchette des actifs qui vont être imposés ».
Concrètement, alors que l’IFI se concentrait sur un patrimoine immobilier net supérieur à 1,3 million d’euros, le nouvel impôt englobe une gamme d’actifs financiers. L’intention des législateurs est claire : réorienter les flux de capitaux. Sont visés « certains actifs comme, par exemple, les cryptomonnaies, comme, par exemple, le fonds en assurance-vie et tout un tas d’éléments que certains députés ont jugés […] qui ne contribuaient pas à la croissance de l’économie française », précise Andrea Ganovelli. La mesure se veut donc un signal fort envoyé aux épargnants pour les décourager de laisser leur capital sur des supports jugés stériles pour l’économie productive.
Les actifs financiers désormais dans le viseur du fisc
L’élargissement de l’assiette taxable est le cœur de cette réforme. Si l’immobilier reste une composante majeure, l’attention se porte désormais sur des placements financiers jusqu’ici épargnés par l’impôt sur la fortune. Cette nouvelle approche oblige les investisseurs à reconsidérer la structure globale de leur patrimoine.
Pourquoi les fonds en euros sont-ils particulièrement ciblés ?
Produit d’épargne phare en France, l’assurance-vie et son support sécurisé, le fonds en euros, concernent entre 20 et 25 millions de Français. La popularité de ce placement repose sur sa garantie en capital, comme l’explique Andrea Ganovelli : « un fonds euro ne peut pas perdre d’argent […] puisque c’est l’assureur qui garantit le rendement. »
Toutefois, pour offrir cette sécurité, les assureurs investissent massivement dans des actifs peu risqués, principalement la dette souveraine. « Jusqu’à 70 % de la composition de ce fonds euro, c’est de la dette de l’État français », détaille l’expert. En taxant ces fonds, le gouvernement prend un risque calculé. Rendre ce placement moins attractif pourrait « désinciter les épargnants français à investir dans de la dette d’État. Et donc, le coût de la dette risque d’augmenter. » Une situation où, au final, l’ensemble des contribuables pourrait être perdant.
| Critère | Ancien IFI (jusqu’en 2025) | Nouvel IFIP (à partir de 2026) |
|---|---|---|
| Nom de l’impôt | Impôt sur la Fortune Immobilière | Impôt sur la Fortune Improductive |
| Actifs concernés | Patrimoine immobilier net non affecté à l’activité professionnelle | Patrimoine immobilier + certains actifs financiers (fonds en euros, cryptomonnaies, etc.) |
| Seuil de déclenchement | 1,3 million d’euros de patrimoine immobilier net | 2 millions d’euros de patrimoine « improductif » |
| Objectif affiché | Taxer la détention de patrimoine immobilier important | Taxer le patrimoine « improductif » et inciter à l’investissement dans l’économie réelle |
| Abattement notable | Abattement de 30% sur la résidence principale | Exclusion d’un bien au choix (souvent la résidence principale) dans la limite d’un million d’euros |
Quelles sont les conséquences pour les épargnants et l’économie ?
Au-delà de son application aux patrimoines les plus élevés, cette réforme fiscale envoie un message à l’ensemble des épargnants et pourrait avoir des répercussions sur l’économie nationale. L’équilibre entre incitation fiscale et liberté de placement est au cœur du débat.
Un impact direct limité mais des effets indirects notables
Le seuil de taxation fixé à 2 millions d’euros de patrimoine improductif cible un nombre restreint de contribuables. L’impact direct sur la majorité des Français sera donc nul. Cependant, les implications indirectes ne doivent pas être sous-estimées. Comme le rappelle Andrea Ganovelli, « quand ça coûte plus cher à l’État français de s’endetter, on est tous responsables de la dette du pays. Et donc, in fine, on est tous perdants. » Une hausse du coût de financement de l’État pourrait se répercuter à terme sur les services publics ou la pression fiscale générale.
Vers une réorientation forcée de l’épargne ?
L’argument principal du gouvernement est d’encourager les Français à se tourner vers des supports plus dynamiques, comme les actions d’entreprises. Pour autant, la méthode coercitive de la taxation est remise en question. Pour de nombreux experts, l’éducation financière serait une voie plus efficace. « La meilleure façon de faire ça, c’est plutôt de le faire via l’éducation, en incitant les Français à comprendre l’intérêt qu’ils ont à investir dans des supports plus dynamiques […] plutôt qu’en taxant et en envoyant des mauvais signaux », nuance Andrea Ganovelli. L’enjeu est de faire comprendre que l’investissement n’est pas un jeu de hasard, mais une démarche raisonnée pour préparer son avenir et se prémunir contre l’inflation.
Comment adapter sa stratégie patrimoniale face à cette nouvelle taxe ?
Face à ce nouveau paradigme fiscal, une réflexion s’impose pour les investisseurs concernés et pour ceux qui s’en approchent. Il ne s’agit pas de céder à la panique, mais d’adopter une approche structurée et informée. L’objectif est de trouver un nouvel équilibre entre la recherche de sécurité, la performance et l’optimisation fiscale.
Une stratégie de bon sens consiste à conserver une épargne de précaution sur des supports liquides et sécurisés. La recommandation d’Andrea Ganovelli est pragmatique : « Garder l’équivalent de 4 à 6 mois de vos dépenses sur des produits sécurisés comme du fonds euro ou comme des livrets réglementés. » Pour le surplus, une diversification vers des actifs productifs (actions, parts de SCPI de rendement, investissement dans des PME) devient non seulement une source de performance potentielle mais aussi une manière de s’aligner avec l’esprit de la nouvelle loi. La clé réside dans une meilleure éducation financière, un enjeu national. « On a en France une part de la population qui investit qui est très faible par rapport à plein de pays européens, et il est important de réussir à changer ça dès le plus jeune âge », conclut l’expert.
Quelle est la principale différence entre l’IFI et le nouvel IFIP ?
La différence fondamentale réside dans l’assiette taxable. L’IFI ne concernait que le patrimoine immobilier. L’IFIP, lui, inclut à la fois le patrimoine immobilier et certains actifs financiers considérés comme ‘improductifs’, tels que les fonds en euros des contrats d’assurance-vie ou les cryptomonnaies.
Ma résidence principale est-elle concernée par l’impôt sur la fortune improductive ?
La loi prévoit que chaque foyer fiscal puisse exclure de l’assiette taxable un bien immobilier de son choix, ce qui correspond le plus souvent à la résidence principale. Cette exclusion est plafonnée à une valeur d’un million d’euros.
Tous mes placements en assurance-vie seront-ils taxés ?
Non, la taxation ne concerne que la part investie en fonds en euros et uniquement pour les contribuables dont le patrimoine ‘improductif’ total (incluant immobilier et autres actifs visés) dépasse le seuil de 2 millions d’euros. Les unités de compte (UC), investies dans l’économie réelle, ne sont pas considérées comme improductives et échappent donc à cet impôt.
Est-ce que cette réforme est définitivement adoptée ?
Au moment de la rédaction, la transformation de l’IFI en IFIP a été votée par les députés dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) pour 2026. Cependant, le texte doit encore poursuivre son parcours législatif (examen par le Sénat, éventuelle commission mixte paritaire) avant d’être définitivement adopté et promulgué. Des modifications sont donc encore possibles.
